Les poupées russes

Toi qui lis, connais-tu le mythe de Sisyphe, condamné à rouler un énorme rocher jusqu’en haut de la colline et qui dégringole dès qu’il est arrivé au sommet ?

C’est un peu ce qui nous guette, quand notre quête de la perfection devient tellement intense qu’elle se transforme en une espèce d’absolu inatteignable. Pauvres êtres humains imparfaits que nous sommes… serons-nous un jour à leur hauteur ?

Nos belles valeurs peuvent nous jouent des tours. On les porte comme des étendards… jusqu’à ce qu’elles deviennent des montagnes !

Elles peuvent prendre la forme d’un poids trop lourd à porter. Celui de nos doutes ou certitudes qui peuvent créer des failles donnant l’impression d’être hors sol.  Celui d’un cheminement sans fin alors que l’Humain se veut vivant et mouvant.

Des tensions peuvent alors apparaitre entre l’être que nous sommes et celui en devenir. 

Confondre une quête, nos questionnements, nos aspirations avec une injonction de perfection totalement coupée de nos réalités humaines… c’est la descente aux enfers (enfer…mement ! ) assurée. Adieu sérénité ! Sans nuances, on passe du sommet au gouffre et vice versa !

Les excès en tout genre ne sont bons pour personne… de excedere, excessum « sortir, aller au-delà » : acte qui dépasse la mesure, dérèglement.

Toi qui lis, as-tu soif d’étendre ta liberté d’être ?

 

Les poupées russes

Je te propose une métaphore pour sortir du piège posé par un éventuel idéal intellectuel inatteignable et tendre vers quelque chose de plus Humain.

Connais-tu les poupées russes ? Une toute petite poupée est à l’intérieure d’une plus grande, elle-même contenue dans une plus grande, etc.

Avec cette image, je te propose de penser « holo graphiquement » (du grec Holo : entier complet), c’est-à-dire multi dimensionnellement. 

Cela implique de se rappeler que toutes les poupées sont les répliques exactes des autres mais avec (ou dans ?) des dimensions différentes. Elles possèdent donc toutes les mêmes attributs, de la plus petite à la plus grande. Cependant, leurs espaces intérieurs sont différents. La plus petite est pleine (en matière) tandis que toutes les autres contiennent leurs versions plus petites.

De ce fait chaque poupée constitue une partie des autres… ce qui les différencie est l’espace et le contenu !

Et si les différences de « matériel » dans l’espace intérieur étaient dues à la matérialisation, à l’intégration, à l’expérience ?

La grande poupée serait alors la somme de toutes les expériences des poupées qu’elle contient… la plus petite en serait alors sa version la plus « matérialisée » !

Toi qui lis, que t’inspire cette métaphore ?

 

Attirance irréversible

Ayant toutes les mêmes attributs mais disposant d’un espace différent, partons du principe que chacune peut avoir une forte intuition de l’existence de la poupée qui la contient.

Cette attirance peut s’apparenter à une soif de quelque chose de plus grand non pas en termes de supérieur mais en termes de contenant et contenu.

Si le mental égotique s’en mêle ou s’emmêle, cette intuition mène à « je ne suis pas assez ». Cela devient alors une quête de perfection là où il est question d’intuition d’un terrain de jeu-je plus vaste, de possibilités de choix différents.

Il peut créer un sentiment de manque, là où il est question de devenir, de conscience qui grandit, de sens de responsabilité grandissant devant les merveilles du vivant, de respect de là où on en est.

J’insiste : n’oublions pas que chaque poupée possède les mêmes attributs mais avec des différences en termes d’espace intérieur et de contenu…

 

Répondre à l’appel

A l’appel d’une poupée plus vaste, notre force exploratrice répond, la sent, en a l’intuition.

Notre force conservatrice peut exhorter à la prudence, au manque de foi de peur de disparaitre. Ses peurs peuvent nous conduire vers tous les mots qui se terminent par « isme » !

N’oublions pas, aucune poupée ne disparait au détriment d’une autre. Suivant l’angle de vue à partir duquel nous regardons, nous pouvons extrapoler qu’une grande poupée crée en son sein les suivantes. Comme nous pouvons imaginer qu’une plus petite rêve de la plus grande jusqu’à la concrétiser en l’incarnant.

 

Mental égotique- Ego « sain »

Ce que je nomme ici un égo « sain », c’est une individualité construite sur des bases solides : clarté dans ses besoins, une vie reliée à ce que nous sommes intrinsèquement, une profonde écoute de ce qui nous anime. Le respect de notre singularité et de celle des autres. Des limites posées de façon « juste » pour soi. Ce qui n’empêche pas les défis à relever ni les doutes sur le chemin !

Ce que je nomme ici le mental égotique, c’est celui qui juge, qui cherche la supériorité au détriment de la rencontre, par manque d’assurance et/ ou par peur. Celui qui ne peut s’empêcher de réfléchir en plus ou en moins. Celui qui cherche à tout savoir pour regagner un semblant de contrôle sur la vie qui échappe à sa logique.

Si le mental égotique ne crée pas de distorsion, notre besoin sain et naturel d’évolution appelle à plus de liberté d’être, de choix de comportements, de fonctionnements. A aller au-delà de nos limites imaginaires et non pas réelles de l’instant. Appelle à l’évolution dans la profondeur et la conscience et non dans l’amélioration pour combler un manquement. Un moteur pour approfondir et dépasser nos frontières déposées par les habitudes et les acquis… pour acquérir plus d’expérience ! A ouvrir nos esprits.

L’ego sain agit comme un pont, alignant nos besoins terrestres avec l’appel de notre essence réelle et plus vaste.

Mais s’il est blessé ou démesuré, il devient une prison, suggérant la peur de la connexion ou de la grandeur, murmurant des récits d’isolement ou de supériorité.

 

Quand le mental crée des distorsions

Idéal vient du latin médiéval idealis, « relatif à l’idée ». Oups, tout est dans la tête alors ?

Dès que le mental égotique s’approprie une valeur très vivante et porteuse, celle-ci devient une course à la perfection… erreur !

Et si l’on pensait plutôt évolution non pas en termes de comparaison et de plus ou moins, mais en termes d’agrandissement de ses capacités, de nuances et de subtilités qui rendent les expériences de plus en plus riches, de plus en plus profondes ?

Proposez les chiffres 0 et 1 à une personne ayant des bases en mathématiques, elle verra 2 chiffres. Faites la même proposition à un mathématicien expert, il vous expliquera qu’entre le 0 et le 1 se trouve l’infini…

Sans distorsion du mental égotique, cette quête, ces appels, cette soif invitent au développement de nos capacités… en les utilisant !

Notre regard de moins en moins « évaluant » se fait de plus en plus accueillant. Nous passons tout simplement à la « poupée » suivante…

 

L’âme fragmentée

Je te propose une autre métaphore pour imager mon propos. Certains disent qu’une grande âme s’est fragmentée et que chacun.e d’entre nous en serait un fragment.

Et si nous étions fragmentés également intérieurement ? En séparant le mental du corps, des émotions etc. En confondant l’idée de leurs différences avec une idée de division-séparation.

Les réunir n’est pas les fusionner. Ce qui pourrait donner l’impression de les voir disparaitre ! Nous pouvons voir chaque part de nous venir compléter les autres. Cependant tous les morceaux n’ont pas la même forme. Chacun.e doit assembler ses différents « morceaux de lui/elle-même » comme pour un puzzle jusqu’à ce qu’une forme complétée se révèle.  

Un dernier mot

La prochaine fois que nous nous sentirons trop petits ou trop grands, l’image des poupées russes pourra peut-être nous aider.

Elles nous invitent à sortir de la comparaison, du plus ou du moins en termes de quantitatif.

Notre conscience grandit au fur et à mesure de nos expériences, de l’intégration d’éléments qui nous étaient auparavant inconnus.  Elle éclaire ce qui est déjà là mais que nous ne pouvions pas encore voir. Comment s’en vouloir alors ?

Que la métaphore des poupées russes nous aide à voir et traverser les ponts nécessaires dans nos évolutions : ils créent des liens !

A nous r-appeler à notre Humanité tout autant qu’à notre « essence-ciel ».

Toi qui lis, je t’invite à utiliser « les poupées russes » en miroir de tes éventuelles batailles intérieures.

L’objet ne serait pas de vouloir être une autre poupée plus grande avant d’avoir expérimenter celle de l’instant présent. Mais plutôt, n’oublie pas qu’elles communiquent entre elle. Cherche à faire des liens, à créer des ponts afin que les informations circulent.

Car toi, moi, nous, sommes déjà toutes les poupées à la fois… mais nous l’avons oublié !

Patricia Verneret
Coach de vie, formatrice, auteure

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